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Journaliste versus Architecte

L'architecture d'information d'un site internet est, bien souvent, au coeur de son concept, déterminant grandement son succès. Concevoir l'architecture d'un site internet demande des aptitudes spécifiques que ne possèdent pas forcément ni les techniciens du Web, ni les journalistes traditionnels.

Pour produire une architecture d'information de qualité, il faut, au minimum, posséder les ingrédients suivants :

  • Une sensibilité à l'ergonomie (limites quantitatives, approches sémantiques et logiques,...)
  • Une sensibilité au développement informatique (contraintes et potentialités techniques, abstraction,...)
  • Une connaissance du contenu (c'est le point le plus important, mais il n'est pas suffisant : un journaliste, expert en sa matière, pourra se révéler être un piètre architecte d'information)
  • Une sensibilité marketing (à savoir comment s'assurer que la présentation de l'information réponde à une demande ou à un besoin de la part de l'utilisateur/client)

Quelque part, le métier d'architecte de l'information se rapproche davantage du métier de documentaliste que du métier de journaliste proprement dit.

Plusieurs chemins peuvent mener à Rome !

"Architecture d'information" ne veut pas forcément dire "architecture de rangement". Dans le contexte du Web, une même information peut être rendue accessible par plusieurs chemins. A la différence du bibliothécaire traditionnel, le bibliothécaire en ligne pourra ranger son information dans plusieurs rayons !

Par exemple, dans un portail commercial, une information concernant un magasin d'informatique bruxellois pourra être accessible suivant plusieurs logiques :

  • Géographique : Belgique > Bruxelles > Magasins d'informatique
  • Thématique : Informatique > Détaillants informatiques
  • Temporelle : Nouveautés Décembre 2000 > Ouverture d'un nouveau magasin d'informatique à Bruxelles
  • Ciblée : PC d'occasion en-dessous de 20.000 BEF (un des produits du magasin serait repris via une base de données)

Cette logique qui veut que soient différenciés l'accès à l'information et le rangement physique de cette information n'est pas toujours bien intégrée par tous les opérateurs d'Internet. Aux débuts du Web, pour des raisons de facilité de gestion, on avait tendance à faire coïncider entièrement l'architecture de son interface à l'architecture informatique (rangement des fichiers), et vice-versa.

L'utilisateur ne se préoccupe pas de la manière dont vous réglez les choses en cuisine, ce qu'il veut, c'est accéder à l'information facilement, c'est-à-dire suivant sa logique du moment.

Une bonne architecture résiste au temps !

Combien de sites ne meurent-ils pas peu après leur création du fait que leurs producteurs ont négligé d'intégrer la dimension "maintenance de l'information". Soit qu'ils aient été trop ambitieux, créant des rubriques qu'ils n'auront pas l'occasion de remplir. Soit, au contraire, qu'ils n'aient pas anticipé suffisamment sur tous les contenus qu'ils sont susceptibles de traiter et que leur architecture ait du mal, par la suite, à "accueillir" ces contenus.

Pour bien faire, concernant chaque rubrique de votre site, vous devriez pouvoir anticiper un minimum sur les questions suivantes :

  • Qui assurera l'archivage ou la suppression des anciens contenus ?
  • Qui produira de nouveaux contenus ?
  • Qui approuvera les nouveaux contenus ?
  • Qui les intégrera ?
  • A quelle fréquence ?
Evitez les architectures autocentrées !

Un des conseils les plus précieux que l'on puisse donner en matière d'architecture d'information est de se placer du point de vue de l'utilisateur, et non du point de vue du producteur d'information. Vous éviterez ce que Jakob Nielsen stigmatise comme le syndrome du "Vice-Presidential Button". A savoir le fait de mettre en avant-plan une information qui conforte l'ego de certaines personnes internes, mais qui n'intéresse pas du tout l'utilisateur. Vous adopterez une terminologie largement comprise plutôt qu'un langage lié à votre "cuisine interne".

Que du bon sens, en somme. Mais, dans la pratique, on se rend compte à quel point les barrières, dans la culture d'entreprise, peuvent être nombreuses. Si l'on n'y prend pas garde, l'architecture d'information reflétera davantage les rapports de force internes d'une entreprise que les besoins prioritairement exprimés par les utilisateurs. D'où la nécessité d'impliquer la Direction générale dans la gestion d'un projet, afin d'éviter les querelles de chapelles.

Le secteur public ou fédératif, par la complexité et la relative rigidité de ses structures, est particulièrement menacé d'adopter une communication trop "administrative", et pas assez en phase avec les préoccupations concrètes des citoyens ou des entreprises.
L'administration publique en est bien consciente. A la fois au niveau de la Commission européenne et au niveau de nos institutions nationales, on encourage aujourd'hui les architectures thématiques plutôt que organisationnelles.

Dans son ouvrage intitulé "Designing Web Usability", Jakob Nielsen insiste sur l'importance d'adopter une structure d'information orientée vers l'utilisateur. Il cite le cas d'un projet d'e-commerce où il a été amené à proposer deux schémas de navigation différents. Le premier était basé sur l'idée que la plupart des utilisateurs se faisaient du secteur ; le second, sur l'image que les producteurs s'en faisaient. Des tests d'utilisabilité ont ensuite démontré que l'architecture "user-oriented" était, de loin, plus efficace. Le taux de succès (dans la recherche d'informations déterminées) était de 80% dans un cas, contre seulement 9% dans l'autre !

Deux méthodes, au moins, peuvent conduire à produire des architectures efficaces :

  • Le "User centered design", qui consiste à segmenter l'information en fonction des intérêts différenciés que l'on associe à des publics différenciés. La segmentation peut s'opérer sur base de critères sociodémographiques (comme l'âge, le sexe, la nationalité ou la profession), sur base de critères particuliers à votre secteur (clients versus prospects, membres versus non membres,...) ou encore sur base d'un profilage marketing (typologies d'acheteurs en ligne,...).

  • Le "Usage centered design" est une méthode que nous jugeons encore plus efficace. Il s'agit de se baser sur des scénarios d'utilisation, des tâches que sont susceptibles d'effectuer les visiteurs sur le site internet. L'architecture d'information veillera à rendre particulièrement accessibles les tâches considérées comme les plus stratégiques.