NEWSLETTER - OCTOBRE 2003

 

Le lien étroit entre écriture et accessibilité

Par Jean-Marc Hardy

 

L'accessibilité, c'est le fait de permettre à tous les types de visiteurs -quel que soit leur équipement informatique ou le fait qu'ils présentent ou non un handicap- de profiter pleinement des contenus et des fonctionnalités d'un site web. L'accessibilité fait l'objet de normes internationalement partagées. A la lecture de ces normes, il apparaît clairement que les questions d'écriture et d'organisation des contenus ont une incidence directe sur le degré d'accessibilité d'un site web.

1. Qu'entend-on par "accessibilité" ?

L'accessibilité d'un site web peut être définie comme la possibilité pour n'importe quel internaute de profiter pleinement des contenus et des fonctionnalités de ce site web.

Or, dans la pratique, plusieurs obstacles demeurent.

Tout d'abord, tout le monde ne possède pas le même équipement informatique (les uns n'auront pas installé le "plug-in Flash", d'autres auront désactivé le Javascript ou le chargement des images, d'autres encore ne possèderont pas de sortie sonore, etc.). Tout le monde ne vit donc pas la même expérience du Web.

Ensuite, ce qui sous-tend surtout l'effort d'accessibilité, c'est la volonté de rendre le Web accessible aux personnes handicapées. Plus de 750 millions de personnes dans le monde souffrent d'un handicap. Si elles n'utilisent pas toutes le Web, elles sont nombreuses à le faire.

Parmi les handicaps à considérer :

- Les handicaps visuels (aveugles, mal voyants, daltoniens,...) ;
- Les handicaps auditifs (sourds, mal entendants) ;
- Les handicaps moteurs (cf. difficultés liées à l'utilisation de la souris ou du clavier) ;
- Les handicaps cognitifs ou neurologiques (troubles de la mémoire, de la concentration,...).

Auxquels on peut ajouter :

- Le vieillissement (susceptible de provoquer une combinaison d’handicaps précités) ;
- Les handicaps "culturels" (culture, maîtrise de la langue,...) ;
- Les handicaps "technologiques" (vieux terminal informatique,...).

L'accessibilité fait l'objet de normes internationales très précises. Ces normes, connues sous le nom de WAI (Web Accessibility Initiative), sont édictées par le W3C (World Wide Web Consortium), qui fait autorité en la matière.

Les normes WAI du W3C sont divisées en 3 niveaux, suivant leur importance :
- les normes indispensables ;
- les normes recommandées ;
- les normes facultatives.

Aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis, des directives existent visant à ce que tous les sites web publics respectent les normes d'accessibilité. Cependant, la mise en pratique de ces recommandations reste encore largement insatisfaisante.

Pour un site commercial, le respect des normes d'accessibilité n'est pas inintéressant non plus. Il peut constituer :

- un engagement éthique (allant dans le sens du respect du client);
- un avantage concurrentiel ;
- un atout ergonomique (la plupart des études indiquent que le respect des normes d'accessibilité renforce l'ergonomie globale du site web, même pour les personnes ne présentant aucun handicap particulier).


 

2. Quel lien entre écriture et accessibilité ?

A la lecture des normes internationales d'accessibilité, il apparaît clairement que les questions d'écriture et d'organisation des contenus ont une incidence directe sur le degré d'accessibilité d'un site web. De la rédaction du texte alternatif à la clarté des hyperliens, en passant par la suppression des acronymes, le lien entre écriture et accessibilité apparaît, en effet, très étroit.

Pour nous en convaincre, jetons un coup d'oeil sur la liste des caractéristiques d'accessibilité, disponible en Anglais sur le site du W3C. Sans être exhaustif, relevons différents points liés à l'écriture web :

  • Norme 1.1 : Fournir un texte alternatif pour tous les fichiers non textuels (les images intégrées dans la page, mais également les fichiers sonores ou vidéos). Le texte alternatif doit être rédigé de manière à faire profiter de l'information contenue dans l'image ou la vidéo, les personnes souffrant d'un handicap de la vue ou de l'ouïe.

  • Norme 4.1 : Identifier les ruptures linguistiques (exemple : une légende en Anglais dans un texte en Français).

  • Norme 4.2 : Expliquer la signification des abréviations ou des acronymes lorsqu'ils apparaissent pour la première fois au sein d'un document.

  • Norme 3.2 : Respecter les règles de syntaxe.

  • Norme 9.4 : Présenter les liens ou autres informations dans un ordre logique.

  • Norme 11.3 : Donner à l'utilisateur la possibilité d'accéder à l'information sur base de ses préférences (langue, thème,...).

  • Norme 12.3 : Diviser les gros blocs d'information en catégories, selon un découpage naturel et approprié.

  • Norme 13.1 : Rédiger des liens explicites, identifiant clairement leur cible.

  • Norme 13.2 : Rédiger des métadonnées sémantiques.

  • Norme 13.6 : Regrouper les liens appartenant à une même famille, de manière à ce que l'utilisateur puisse les court-circuiter en bloc si nécessaire.

  • Norme 13.8 : Placer les mots les plus signifiants et les plus discriminants en tête des listes, des titres ou des paragraphes.

  • Norme 13.9 : Fournir une description des documents proposés en téléchargement.

  • Norme 14.1 : Utiliser un langage clair et simple.

  • Norme 14.2 : Avoir recours à l'image ou au multimédia lorsque ces supports aident à la compréhension du message.

  • Norme 14.3 : Adopter un style consistant de présentation de l'information à travers les différentes pages du site.

Comme on le constate, la notion d'accessibilité va bien au-delà de simples ajustements techniques. L'accessibilité, c'est aussi un état d'esprit dans lequel le concepteur/rédacteur du site web doit être plongé.

Le lecteur averti aura remarqué le lien entre les normes précitées et les conseils divulgués par Redaction.be : Contextualiser, Ecrire concis, Mettre en relief, Utiliser l'hypertexte, Ecrire pour être référencé, Penser multimédia,...

 

3. De la théorie à la pratique

Est-il facile d'intégrer les normes WAI lorsqu'on développe un site web ?

Certains affirment que les caractéristiques d'accessibilité sont difficiles et très onéreuses à mettre en œuvre; d'autres prétendent qu'il n'en est rien et que, moyennant peu d'efforts, on peut améliorer l'accessibilité et l'utilisabilité d'un site web.

Il est vrai que certaines normes sont élémentaires et clairement identifiables, comme la présence d'un texte alternatif associé à chaque image ou comme le décryptage des acronymes et abréviations. D'autres normes, en revanche, sont plus complexes et sujettes à interprétation : Qu'est-ce qu'un langage "simple" ? Qu'est-ce qu'une division de l'information "naturelle" et "appropriée" ?

Qu'en pense les spécialistes du terrain ? Nous avons interrogé Sandy Lemoine, développeur web auprès de l'agence Qwentes KANTOR et spécialiste en accessibilité...

"Tout dépend du contexte, explique Sandy Lemoine. Démarrer un nouveau site sur de bonnes bases demande de la rigueur mais n'est pas réellement compliqué. On prévoit des maquettes et des feuilles de style adaptées. En revanche, rendre un site existant conforme aux normes d'accessibilité demande des opérations de nettoyage qui peuvent constituer un véritable calvaire. Donc, un conseil : intégrez les normes dès le départ."

"Par ailleurs, tout dépend du niveau de conformité visé. S'il s'agit du niveau 1, la mise en oeuvre sera relativement aisée. S'il s'agit du niveau 3, c'est très différent. Les normes de niveau 3 excluent notamment l'utilisation de tableaux HTML (balises "TABLE") autres que des tableaux de données. Or, bon nombre de designers web utilisent des tableaux aux bordures invisibles comme technique de mise en page. Au niveau 3, c'est donc toute la conception de la page qui peut être remise en cause."

"Certains outils sont fort utiles pour valider les pages web sous l'angle de l'accessibilité. UsableNet, par exemple, propose des plug-ins intéressants que vous pouvez intégrer à Dreamweaver ou Frontpage. Ce type d'application permet un contrôle automatique de toute une série de caractéristiques, tandis que pour les caractéristiques restantes, une liste de contrôle manuel est fournie en version imprimable. Vous avez également la possibilité de personnaliser la grille de normes."


 Illustration par l'exemple ...

Ci-dessous, la page d'accueil de Redaction.be, visionnée après avoir désactivé l'affichage des images.

Observons qu'un texte alternatif a été associé à différentes images. Ainsi, le bandeau supérieur affiche "Redaction.be - Le site des spécialistes de l'information en ligne", ce qui devrait permettre aux aveugles d'identifier le site sans difficulté. Plus bas, dans la colonne de gauche, on lit "Edana". Il aurait été plus explicite d'indiquer : "Page d'accueil du site www.edana.org".

Le fait de baser l'essentiel de la navigation sur de simples liens hypertextes favorise l'accès par les personnes aveugles, naviguant à l'aide d'un navigateur texte. Autocritique : la taille des caractères est assez petite et, en raison de la feuille de style utilisée, ces caractères ne peuvent être agrandis (la fonction "taille plus grande" du navigateur n'a pas d'effet).


La page d'accueil de Redaction.be (sans images)

L'ancienne version du site Edana

[Prise d'écran - 6 octobre 2003 - www.redaction.be]

 

Ci-dessous, le site web du Crédit Lyonnais présente une forte dégradabilité pour les personnes mal voyantes, étant donné que plusieurs options de navigation sont basées sur des images sans texte alternatif.

En particulier, le visiteur non voyant n'identifiera pas facilement ni l'éditeur (le texte "Crédit Lyonnais" aurait pu être associé à l'image du logo) ni la section en cours de consultation ("Finance & Actionnariat").

 

Une page du site du Crédit Lyonnais (sans images)

L'ancienne version du site Edana

[Prise d'écran - 6 octobre 2003 - www.creditlyonnais.com/...]

 

Aucune information textuelle n'est associée à l'image centrale. Les non voyants se verront entièrement privés de l'information contenue dans le graphique. Il est vrai qu'il n'est pas toujours évident de décrire le contenu d'un graphique. L'idéal serait d'en reprendre les données in extenso : "Poids relatif des partenaires au sein du GAP : Crédit Agricole (31,96%) ; AGF (19,08%) ; Axa (16,89%) ; ...".

Point positif : l'acronyme "GAP" est défini dans la page comme le "Groupe Actionnaires Partenaires". Ce qui augmente l'accessibilité du contenu par les personnes non initiées à cette terminologie.

 

La même page, avec images

L'ancienne version du site Edana

[Prise d'écran - 6 octobre 2003 - www.creditlyonnais.com/...]

 

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4. Pour en savoir plus ...

Les normes d'accessibilité :

Articles & Guides :

 

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