
Par Jean-Marc Hardy
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Une forte demande existe en faveur d'un Internet multilingue. Au-delà
de la volonté de préserver la diversité des cultures,
la traduction d'un site représente incontestablement un plus commercial.
Tous les internautes ne connaissent pas nécessairement l'anglais
et, même si c'est le cas, opèrent prioritairement leurs recherches
par mots clés dans leur langue maternelle.
Cependant, la gestion d'un site multilingue a ses exigences qu'il
n'est pas toujours facile de satisfaire. Pour développer une offre
multilingue, il faut les reins solides, de bons outils techniques et une
organisation bien huilée.
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1. L'attrait d'un site multilingue
Toutes les études indiquent que les internautes apprécient les contenus dans leur langue maternelle.
Selon Forrester Research, en moyenne, un utilisateur s'attarde deux fois plus longtemps sur un site conçu dans sa langue, et il est trois fois plus susceptible d'y effectuer un achat.
Dans les moteurs de recherche tels que Google, les internautes effectuent leurs requêtes par mots clés prioritairement dans leur langue maternelle.
Au sein des pays non anglophones, de 70 à 85% des internautes préfèrent naviguer dans une autre langue que l'anglais.
Pourtant un décalage continue d'exister entre l'offre et la demande. Selon une étude réalisée par l'Unesco en 2000, les internautes de langue anglaise (49%) ne seraient plus majoritaires sur le web. Mais plus de deux tiers des pages web (68%) continuent d'être rédigées en anglais. Et cette proportion atteint 96% pour les sites de commerce électronique.
Toutes ces observations constituent un encouragement à la production de nouvelles versions linguistiques. Cependant, avant de vous lancer, réfléchissez à deux fois!, car la gestion d'un site multilingue a ses exigences...
2. Les exigences d'un site multilingue
Vous envisagez la production d'un site en plusieurs versions linguistiques ? Fort bien. Mais en avez-vous mesuré les implications ?...
- Les budgets de création du site, mais surtout d'actualisation des contenus, seront multipliés. A la louche, prévoyez une augmentation du budget de l'ordre de 50% pour la création d'une version linguistique supplémentaire. Autrement dit, un site en trois langues vous coûtera environ deux fois plus cher qu'un site en une langue.
- La réactivité du site risque fort de diminuer. Un site multilingue est un paquebot, difficile à manoeuvrer, en comparaison avec un site monolingue qu'on peut modifier au vol avec une plus grande facilité. Lorsqu'à la moindre modification, vous êtes obligés de lancer tout un processus de traduction et de correction, l'animation et la maintenance du site ne sont pas facilitées.
- Certaines difficultés techniques peuvent également survenir. Par exemple, les langues exotiques (grec, japonais, russe,...) nécessitent une codification des caractères (Unicode, UTF8,...) qui n'est pas supportée par tous les éditeurs de contenu. De même, tous les systèmes de gestion de contenu ne permettent pas de gérer l'affichage de droite à gauche (arabe, hébreu,...).
- Un site multilingue pose une série de questions en termes d'architecture et de navigation. A-t-on affaire à un site institutionnel bilingue, fait de versions clonées (sites "miroirs") ? Est-il question d'un site documentaire où il convient d'afficher les traductions d'un document uniquement lorsque ces traductions sont disponibles ? S'agit-il d'un site web bulgare avec quelques pages en anglais à l'attention des visiteurs étrangers ? L'utilisateur doit-il avoir la possibilité de changer de version linguistique à tout moment, en étant redirigé vers la page équivalente ? Que se passe-t-il dans en cas d'asymétrie ? Etc.
- Au niveau de la promotion du site, il faudra activer des circuits différents.
- Quant au webmaster ou à l'équipe éditoriale, il faudra qu'ils aient un profil multilingue, afin de pouvoir répondre aux questions dans toutes les langues.
- La simple conversion dans la langue de destination n'est pas réellement suffisante. Aujourd'hui, on parle de localisation plutôt que de traduction afin d'indiquer que le succès d'un site Web traduit dans une langue différente de celle d'origine dépend de plusieurs facteurs:
A défaut de prendre en compte toutes ces exigences, vous risquez de présenter une offre alléchante mais qui ne tienne pas ses promesses sur le plan de la qualité.
A la lecture des deux chapitres précédents, vous aurez compris que le multilinguisme sur Internet est un atout incontestable, mais que sa mise en place reste un défi. Notre message est donc le suivant : N'hésitez pas à proposer votre contenu en plusieurs versions linguistiques dès le moment où vous avez les moyens d'assumer.
Les technologies peuvent vous aider. Certains systèmes de gestion de contenu (CMS) offrent des fonctionnalités pratiques du point de vue de la gestion multilingue. Comme le fait d'automatiser la navigation d'une langue à l'autre ou le formatage des dates.
Cependant, la technique ne résout pas tout ; le principal problème concerne les ressources. Même si vous avez les reins solides au niveau financier, vous risquez de bloquer sur la réactivité du site. L'exemple d'Europa, ci-dessous, en est l'illustration. Avec 11 langues actuellement, et 20 bientôt suite à l'élargissement de l'Union européenne, la gestion du portail multilingue est un véritable défi. Le site contient plusieurs dizaines de milliers de pages web. Une montagne de travail pour les services de traduction, parfois dépassés.

[Prise d'écran - 17 février 2004 - www.europa.eu.int]
Face au défi du multilinguisme, la tactique d'Europa est double. D'une part, l'introduction d'un WCMS (Web Content Management System) devrait permettre une gestion plus aisée du multilinguisme. D'autre part, il ne faut pas perdre de vue que toute l'information publiée sur Europa ne sera pas disponible dans toutes les langues officielles de l'UE. Ce n'est pas le cas à l'heure actuelle et ce ne le sera pas non plus dans le futur. Les documents officiels doivent être disponibles dans toutes les langues. En revanche, pour l'information liée à l'actualité et celle destinée à un public spécialisé, on se limite aux trois langues véhiculaires de l'Union : l'anglais, le français et l'allemand. En ce qui concerne ces dernières, l'objectif est d'arriver à la parité. Pour le moment, il y a grosso modo, un document en allemand pour deux en français et quatre en anglais. Nous voulons corriger ce déséquilibre, explique Lindsay Armstrong, responsable de l'unité Europa et Publications à la Commission européenne.
Une chose est sure. L'actualisation des contenus est un facteur primordial de réussite d'un site web que l'offre multilingue devrait freiner le moins possible.
Et le lecteur critique se demandera : A quand une version anglaise de Redaction.be ? ;-)
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